SURFEUR SHAPER

09-08-2019 - Les shapers Landes

LAURENT « MAO » GRENIER

SL : Salut Mao, peux-tu te présenter ?

: Je viens d’Anglet et j’ai commencé le surf à la fin des années 70, vers l’âge de 11 ans. Je suis de la génération des Cyril Robert, Éric Graciet, Christophe Commarieu, Franck Lacaze, Jean-Marc Vidal et bien d’autres, qui tenaient le haut du pavé du surf basque dans les années 80.

SL : Parles-nous du surf à cette époque…

: Il n’y avait ni planches en mousse, ni moniteurs… et pas grand monde pour te conseiller. C’était un sport élitiste. Seuls les plus volontaires du coin arrivaient à passer le cap ! Contrairement à ceux que j’ai cités, je n’avais pas de club et j’ai su très tard qu’il existait des compétitions. Personne ne m’a appris à surfer. Pour les prévisions, nous consultions la petite carte satellite qu’il y avait à la dernière page du Sud-Ouest. Lorsque se dessinait une jolie dépression au-dessus des îles britanniques, avec un bel anticyclone au-dessus de nos têtes, nous savions que le lendemain allait être heureux ! Si ma mémoire est bonne, le premier magazine français n’est apparu qu’en 86. Avant cela, seuls les magazines américains nous donnaient des infos sur notre sport. C’était la fin du single, le début des fish twin et des quatro… Stark, PSM et Barland étaient bien sûr nos référents. Nous vivions de super moments : il pouvait nous arriver de faire la fête en Espagne le vendredi soir, surfer le lendemain, puis prendre les skis et monter à Gourette pour un dimanche de poudreuse.

© Xavier Renaudin

SL : Quels spots fréquentais-tu ?

M : Nous surfions Guéthary, en 7’2’’. Les guns n’existaient que dans de rares films. Hawaï, Jerry Lopez et toute sa bande nous faisait rêver. En France, il y avait Christophe Bordenave, Christophe Reinhardt… J’ai quitté la côte basque à 22 ans pour les Landes, où j’ai découvert le potentiel extraordinaire de leurs vagues et le peu de monde à l’eau ! Je me suis retrouvé au milieu des surfeurs de Vieux Boucau et de Soustons. Ils étaient peu, leur niveau n’étaient pas ceux d’Anglet, mais ils connaissaient leurs spots, souvent juteux, plus dur à surfer. C’était comme une famille. Pierre (Cazadieu, NDLR) s’est fait shaper, sous la marque Koungat, puis Zaka. Plus au sud, je fis la connaissance des locaux d’Hossegor et de Capbreton : Jean Sarthou, Fifi Chevalier, Vincent et François Liets, Jean-Loup Poupinel, le Prince des Landes. Ces gars-là, comme ceux d’Anglet, ont été les premiers à être réellement médiatisés.

SL : Comment en es-tu venu au shape ?

M : Après 15 ans auprès de personnes handicapées, je suis devenu batelier, mais c’est en 2007 que j’ai passé mon BE surf. J’ai donné mes premiers cours dans mon école, à Messanges. J’enrageais de ne pas pouvoir faire des planches sur mesure à mes élèves. Alors en 2010, Yvan Amelineau, l’une des plus grandes références, a accepté de m’apprendre, pendant deux ans. Lattage/délattage de pain, strate, ailerons, ponçage… il savait tout faire ! On parle de « Full Handcraft  », c’est à dire la fabrication totale, le shape n’étant qu’une partie. J’ai repris l’atelier à mon compte, avec la chance d’être juste à côté de Blend Glassing. Fabrice, le patron, est dans le métier depuis longtemps et c’est un plaisir de discuter avec lui et Tristan, des experts en strate et ponçage ! Puis j’ai initié un de mes meilleurs amis : Philipp Reimann. Il est super doué, il a développé sa marque et nous partageons l’atelier.

SL : Quel type de planches shapes-tu ?

: Fish, shortboard, évolutive longboard… Yvan m’a appris à shaper tout type de planche. Mon modèle le plus fou, c’est le « Voltage  », inspiré d’une relique hawaïenne que m’a montré mon ami Stéphane Becret. Je fabrique une quarantaine de planches durant l’hiver et je me fais vite dépouiller, mes clients étant de plus en plus nombreux. Pour en vivre, il faut les vendre cher, mais je ressens depuis quelque temps que les gens sont prêts à payer plus pour une planche artisanale française. Mi-juin, je lâche rabot, squeegee, et ponceuse pour me consacrer à mes cours. J’utilise alors une Fluidy 5’8’’x 20’’x 2  » 1/2 Quattro double wingers, confortable et très agréable. Elle me permet à la fois de ramer pendant des heures, faire le canard pour rester à côté de mes élèves qui prennent le bouillon et les rassurer, répondre à de forts appuis…

© Xavier Renaudin

SL : D’où vient ton surnom, « Mao  » ?

: Tout petit, j’avais les yeux bridés. Toute ma famille m’appelait comme ça, puis à l’école… et c’est resté. Peu de gens savaient que je m’appelais Laurent, réservé à l’administration, jusqu’à ce que Facebook exige mon vrai prénom.

SL : Es-tu licencié ?

: De temps en temps, quand je participe à des compétitions.

SL : Le mot de la fin ?

M : J’espère vraiment qu’un jour, ingénieurs et chimistes se pencheront sérieusement sur le remplacement des produits que nous utilisons. Certains communiquent sur des éléments soi-disant plus propres, mais ne nous leurrons pas, rien dans la fabrication d’une planche de surf n’est écolo.

MAOSURFBOARDS
Laurent GRENIER,
13, avenue du bourg,
40660 Messanges.
maosurfboards@icloud.com
www.maosurfboards.com

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